« Débranche, débranche, débranche tout / Revenons à nous » *

Un dinausore. Voilà ce que vous tenez dans les mains. [ndlr : cet article est initialement paru dans la version papier de Le Poing n°7]  Une antiquité, un anachronisme, bref un débris venu d’anciennes civilisations… Prenez donc ce journal, tournez le dans tout les sens : devant, derrière, chacune de ses excel lentes pages, et bien non ! Pas de port USB, pas de bluetooth, on ne branchera rien par ici… Bref, rien de bien connecté dans ce canard !

Ah, ces anarchistes, toujours un train de retard, me direz-vous ! Une sacrée bande de déphasé-e-s !

Ainsi, partout, à coup de communication lourde et poisseuse les oies médiatiques nous cancanent le même leitmotiv : pour réussir la révolution sociale, faut se socialiser, certes, mais numériquement. Regardez au Sud ! Pas de Printemps arabe sans Facebook et Twitter ! Fini le papier ou la discussion bière[1] en main, le message révolutionnaire se transmettra digitalement ou ne sera pas ! Allons tous frénétiquement pétitionner sur Avaaz[2] ! Gloire aux humanistes multinationales 2.0 sans qui la liberté n’existe(ra) pas ! A les croire, les masses dépavant les rues de Tunis ou du Caire n’étaient que de simples mirages de pixels et les sanglantes ripostes des polices demeuraient dématérialisées.

Ces oiseaux de malheur évitent d’évoquer la vulnérabilité à laquelle s’expose chaque personne utilisant l ‘ informatique, notamment à cause de la complicité des entreprises du numérique (tant louées) avec les gouvernants. Par exemple, on peut évoquer Windows qui intègre le certificat de la dictature tunisienne dans Internet Explorer pour permettre l’espionnage des contestataires. On peut aussi penser à Skype qui fournit des versions modifiées aux régimes souhaitant écouter les conversations de militants (comme en Chine). Le summum est atteint par la société française Amesys qui a développé et vendu en 2008 un logiciel de surveillance au régime de Khadafi. Quand aux réseaux sociaux, même le pandore le plus zélé (et ils sont sacrément forts pour ça) n’aurait jamais pu faire un fichage de la population aussi fiable et exhaustif.

Les entreprises du numérique ne seront jamais nos alliés. El les doivent être combattues comme étant créatrices d’outils de contrôle et de fichage des individus à travers le monde, permettant de réprimer tout désir de liberté et d’égalité.

Blaireau

* Chanté par France Gall

1. ou tout autre produit désaltérant, qu’ importe la boisson, pourvu qu’ il y ait révolution !

2. site financé par le boursicoteur-spéculateur milliardaire George Soros.