Cours camarade, la «modernitude» est derrière toi !

Voici venu le temps de la « modernitude », ainsi un personnage douteux et interclassiste se retrouve Président de la République avec en tout et pour tout environ 30 % des voix des électeurs inscrits.

Du jamais vu ?

Contrairement à ce que d’aucun nous assène, ce monsieur n’est pas un inconnu et ne sort pas de nulle part. Il a été soigneusement formaté dans diverses écoles à la solde du capitalisme et du pouvoir (E.N.A., Sciences politiques, etc.). Directement issu du monde de la finance (il a été banquier chez Rothschild…), grand ami du patronat, il a été poussé par ses petits copains de la « drauche et la groite » qui veulent nous en faire baver des ronds de chapeau un peu plus.

Son programme est simple ; dévalorisation du travail, accroissement de la précarité, démolition du mouvement ouvrier et des structures syndicales, répression du mouvement social et de ses moyens de lutte, notamment la grève et l’occupation des lieux de travail, répression accrue des classes populaires et des « éléments incontrôlés ». Tout ça bien sûr avec un discours « cool », nous sommes tous « frères » ; il n’y a plus de classe sociale, plus d’exploiteurs, plus d’exploités, et on est « tolérant » avec le petit peuple (il est risible de voir les trois spots publicitaires du MEDEF, où les dirigeants sont issus de l’immigration, handicapés, aimant le Rock’n’roll et j’en passe et des meilleurs).

Les chômeurs sont des gens qui ne sont pas « dans le coup », les populations de banlieues et les jeunes sont de dangereux « trublions » qu’il faut rééduquer à grands coups de matraques, ainsi que les manifestants et militants qui contestent l’exploitation et l’oppression. Ces gens ne sont pas « in » et il faut les recadrer de toute urgence. Voilà le résultat et l’analyse de ces penseurs sociaux libéraux, ultralibéraux, voir nationaux capitalistes.

Que dire de l’opposition citoyenniste et de tous ces nouveaux courants, citoyens, républicains socialistes, nationalistes de « gauche », protectionnistes progressistes, etc.

Illusion citoyenne et protectionniste

Ces mouvements apparus en Europe, comme Podemos, Syriza, la France Insoumise et autres ne se reconnaissent plus vraiment dans le mouvement ouvrier ; pour exemple Podemos qui a théorisé l’arrêt de la référence au prolétariat et à la classe ouvrière. Ainsi, des économistes comme Lordon, Friot ou encore le journaliste Ruffin mettent en avant le mythe du citoyen en remplacement de l’exploité. Le citoyen est une notion abstraite où il n’est plus question de classe ni de culture commune. Quant aux solutions, elles semblent bien maigres, voire douteuses et dangereuses.

Un mélange de keynésianisme pour certains, de protectionnisme, voire de nationalisme de gauche pour d’autres. En effet, l’histoire du mouvement ouvrier nous a prouvé que la notion d’exploités et d’opprimés impliquerait directement l’internationalisme, qui est une union des exploités sans frontières. Le protectionnisme à la Méluche, à la Ruffin ou à la Lordon ne résoudront en rien l’exploitation capitaliste et la fin des privilèges. De plus, le discours nationaliste de gauche est dangereux. Rappel d’un discours de Mélenchon au Parlement européen : « Je crois que l’Europe qui a été construite, c’est une Europe de la violence sociale, comme nous le voyons dans chaque pays, chaque fois qu’arrive un travailleur détaché, qui vole son pain aux travailleurs qui sont sur place ». En gros, le problème de l’Union européenne, c’est les étrangers pas les patrons ! Ce ne sont pas les dirigeants capitalistes et les politiciens à leurs bottes qui ont créé un espace d’exploitation pour tous les peuples, mais les peuples eux-mêmes qui se voleraient mutuellement leur subsistance. Édifiant !

Le protectionnisme, d’autre part, n’a jamais réussi vraiment à réguler les économies et à éviter les guerres entre les peuples. Exploités, opprimés, humiliés, nous le sommes tous à un niveau plus ou moins élevé sur toute cette planète. Le discours national protectionniste est dangereux, à l’heure où le poison nationaliste et raciste refait surface un peu partout en Europe, et où l’on veut une fois de plus faire des immigrés, des boucs émissaires à la crise capitaliste.

L’alternative n’existe pas dans les urnes

Le discours électoral ne supprime pas l’exploitation, et même arrivés au pouvoir, ces partis resteront impuissants à améliorer la situation. Il suffit de regarder l’échec cuisant de Syriza en Grèce, et le cortège d’humiliations imposées au peuple grec. Occuper une place gentiment et discuter, c’est « sympa », celà peut être en partie formateur, être une agora citoyenne, mais sans concrétisation des idées. Dans ce mouvement, que deviennent la grève, les luttes organisées, le blocage de l’économie et des flux ? Le capitalisme et l’état se moquent des discussions, mais pas des mouvements sociaux structurés, puissants, qui les touchent au portefeuille.

Un vieux slogan libertaire disait : « Tu faisais la grève, le pouvoir tremblait ! Tu vas voter, le pouvoir est rassuré ! » et c’est vrai. Il ne faut pas cracher sur les électeurs qui croient encore à un changement par les urnes, il faut leur ouvrir les yeux ! Ne plus croire à un changement radical de la société en déléguant le pouvoir à des menteurs et à des démagogues.

Cette campagne électorale aura été particulièrement édifiante quant au mépris de classe qui nous aura été réservé, aussi bien à gauche qu’à droite. Le discours méprisant envers les électeurs qui hésitaient à voter Macron, candidat du MEDEF. Le discours de haine et pseudo-gauchiste des fascistes Le Pen, les tromperies des « citoyennistes » et leur ambiguïté.

Le mouvement social a encore de beaux jours devant lui, mais il doit se ressaisir, ne plus écouter les sirènes racistes et haineuses, ne plus écouter les discours populistes et protectionnistes. Nous devons nous unir, réfléchir et lutter pour notre émancipation, pour nous débarrasser des chaines qui nous entravent, des frontières qui nous emprisonnent, des préjugés qui nous étouffent.

Vive la lutte sociale ! Vive l’internationalisme ! Vive la grève générale !

Eugène Varlope